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5 questions au Dr Jean-Charles Rielle, médecin responsable du CIPRET
(Centre d'information prévention tabagisme), Genève
Question: Une nouvelle taxe (impôt) sur le tabac directement affectée
à la prévention du tabagisme est-elle justifiée ?
Réponse: Pleinement ! Le tabac est un produit qui, s'il est utilisé
comme le recommande les cigarettiers, tue plus de 8'000 Suisses chaque année,
soit 1 décès dû au tabac chaque heure en Suisse et toutes
les 9 secondes dans le monde. Il est donc justifié de prélever
une taxe pour contribuer à :
- rétablir l'équilibre en matière d'information du consommateur
pour qu'il puisse faire des choix plus motivés et cela face au déferlement
des moyens publicitaires pro-tabac,
- développer fortement des programmes auprès des jeunes et futurs
parents notamment,
- renforcer les actions de prévention du tabagisme passif et d'aide
au sevrage.
Question: La Confédération présente un nouveau
plan 2001-2005 de prévention du tabagisme en réponse à
l'échec de la prévention du tabagisme dans notre pays. Qu'en est-il
réellement ?
Réponse: On aime bien dire que les professionnels-elles de la
santé sont en échec en matière de prévention du
tabagisme ! Il n'en est rien. Si l'on considère les faibles moyens financiers
(hormis Genève où le ministre de la santé, Guy-Olivier
Segond, m'a apporté son complet soutien moral, politique et financier)
mis à leur disposition, on pourrait même parler de remarquables
résultats en ce qui concerne son coût-efficacité. L'échec
est de la responsabilité principalement de nos parlementaires fédéraux.
Conseillers-ères nationaux et aux Etats qui pour la plupart, volontairement
et en toute connaissance de cause (puisqu'ils-elles ont été à
maintes reprises dûment informés de l'épidémie de
tabac) n'ont pas voté les budgets demandés par l'Office fédéral
de la santé publique. Verra-t-on en 2010 éclater en Suisse les
procès liés à ce scandale, rappelant alors les scandales
du sang contaminé et de l'amiante en France et de la vache folle en Angleterre
?
Question: Les organismes publics et privés et autres thérapeutes
luttant contre le tabagisme ont-ils eu quelques succès ?
Réponse:
- Le premier succès est certainement d'avoir inlassablement continué,
souvent avec de très faibles moyens comparés à l'ampleur
de l'épidémie, à faire leur travail d'information et
d'aide au sevrage.
- Le deuxième est sans conteste d'avoir mis à nu le mensonge
des cigarettiers quant à la nocivité du tabac (y compris la
dépendance) ainsi que l'infiltration d'un certain monde politique et
scientifique. Désormais, nous serons plus qu'attentifs à l'origine
des fonds affectés à la recherche scientifique ainsi qu'aux
votes du budget de la Confédération. Nous n'hésiterons
pas à dénoncer dans leurs cantons respectifs toutes celles et
ceux qui de façon irresponsable ne donneront pas à la prévention
du tabagisme les moyens financiers et la caution morale et politique nécessaires
à son succès.
- Le troisième succès réside dans l'évolution
des organismes de prévention qui ont appris à associer leurs
messages au plaisir et ainsi à partager avec la communauté de
manière positive. Il y en d'autres
Question: Quelle stratégie visant les jeunes est menée
par les cigarettiers ? Y-a-t-il un espoir de freiner l'augmentation, voire de
réduire le nombre de nouveaux jeunes fumeurs?
Réponse: Les cigarettiers mènent actuellement des campagnes
visant les jeunes avec le slogan le plus pervers que je connaisse " Fumer
est un acte adulte ". A quoi aspire un-e adolescent-e si ce n'est à
devenir adulte ou à être considéré-e comme un-e adulte
! De qui se moque-t-on ? Pourtant un nouvel espoir est en train de naître.
On affirme que de plus en plus de jeunes fument et de plus en plus tôt.
Ce n'est pas spécifique au tabac. Les jeunes font tout de plus en plus
tôt (hormis leurs premières relations sexuelles). Il est donc important
que la prévention s'affiche de plus en plus tôt et notamment dans
les écoles. A Genève, dans le cadre du Service de santé
de la jeunesse, les jeunes bénéficient en 4è et 6è
primaires de formation en " Histoire de la vie " et notamment au travers
du " Permis de dire non " qui leurs donne les outils nécessaires
à affronter des situations de maltraitance, d'abus, etc. Ces jeunes deviennent
en fait de plus en plus tôt de jeunes citoyens avec les droits et devoirs
de l'enfant qui leur permettent de " négocier " avec les droits
et devoirs des adultes qui s'en occupent. Ainsi, actuellement on peut constater
que s'il est vrai que l'on perçoit une augmentation des jeunes qui fument,
on relève aussi que de plus en plus de jeunes cessent de fumer avant
20 ans. Il est grand temps de vérifier par des études précises
cet état de fait, qui permettrait de renforcer la prévention du
tabagisme auprès des jeunes le plus en amont possible et au début
de la consommation.
Question: Quels sont vos sentiments face à la politique sanitaire
en matière de prévention du tabagisme menée dans notre
pays ?
Réponse:
- Ce qui me plaît :
- La richesse du système fédéraliste qui se concrétise
par de multiples exemples d'organismes et de programmes de prévention
du tabagisme nationaux, cantonaux et locaux. Un exemple, le Forum romand tabagisme
qui réunit tous les CIPRET (Centre d'information prévention
tabagisme) et organismes semblables des cantons romands, sous la présidence
de Mme Verena El Fehri, Directrice de l'Association suisse pour la prévention
du tabagisme (AT-Berne, l'organisme faîtier suisse).
- Un Office fédéral de la santé publique (OFSP) qui a
clairement démontré ses compétences et succès
dans le cadre des politiques de prévention du sida et dans celles des
toxicomanies illégales, il est vrai avec des moyens, notamment financiers,
environ cinq fois plus important. A nos parlementaires de prendre leurs responsabilités
et de voter les sommes demandées dans le cadre du programme 2001-2005.
- Ce qui me déplaît:
- L'irresponsabilité de certains-es politiques, dont l'actuel Président
du Conseil national Peter Hess, qui n'a pas hésité à
siéger dans des conseils d'administration des sociétés
des cigarettiers et qui croit que parce qu'il a démissionné,
il est libéré de ses responsabilités. Les dernières
affaires liées à la contrebande de cigarettes devront être
éclaircies.
- L'irresponsabilité de certains-es scientifiques qui n'ont pas hésité
à travailler " secrètement " ou non pour les cigarettiers.
Les affaires liées à l'Université de Genève en
sont un bien triste exemple.
GPI Nr. 3/2001
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