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5 Fragen an Philippe Lehmann, Nationale Gesundheitspolitik
und Vorstandsmitglied der SGGP - 5 Questions à Philippe Lehmann, Politique
nationale de la santé et membre du comité central de la SSPS
1. Herr Lehmann, wer sind Sie?
Je suis un 'allrounder' de la santé publique et de politique de santé.
J'ai une formation en science politique, droit, sociologie, santé publique
et politique sociale, réalisée aux universités de Lausanne
et Genève. Depuis 1976, j'ai travaillé à presque tous les
aspects de la santé sous les angles suivants: culture de santé
de la population, programmes et stratégies de prévention (cardio-vasculaire,
sida, tabac et alcool, drogue, santé psychique, santé au travail,
etc.) analyse de la pratique médicale et des autres acteurs professionnels,
épidémiologie du handicap, analyse des inégalités
sociales face à la santé, usage des médecines complémentaires,
politique nationale de la drogue, politique de la santé psychique, politique
du cancer...
Depuis 2001 mon activité a pour de soutenir la construction progressive
d'une "Politique nationale suisse de la santé" et de faire
dialoguer régulièrement les autorités fédérales
(le Chef du Département fédéral de l'intérieur et
ses directeurs) avec les autorités cantonales (le Comité de la
Conférence des directeurs cantonaux de la santé). Les résultats
de ce dialogue sont publics, on peut les voir sur le site www.nationalegesundheit.ch,
à la rubrique Plate-forme politique.
Par ailleurs, je vis à Neuchâtel, je suis marié et j'ai
deux enfants, je chante dans un choeur, je m'occupe de mon jardin, je fais un
peu de voile et de bateau à rame, du vélo et du ski de fond.
2. Sie engagieren sich im Vorstand der SGGP. Was motiviert Sie dazu?
J'ai connu la SSPS/SGGP depuis sa création et j'en suis membre depuis
1983, une époque où je travaillais étroitement avec Felix
Gutzwiller et Jean Martin. Je crois aux plates-formes d'échanges et aux
mouvements d'innovation. La SGGP a toujours eu ce rôle, et peut-être
pourrait-elle aujourd'hui faire fonctionner un peu plus son rôle de réseau
de personnes engagées et innovatrices pour travailler à moderniser
le système de santé en Suisse.
Je crois qu'en réunissant des informations et des points de vue dans
des colloques publics ("Tagungen") ou dans la série de publications
SSPS/SGGP, on peut faire avancer les débats. Mais nous devrions peut-être
chercher plus activement quels sont les points de consensus entre les individus
les plus engagés, ceux qui sont prêts à donner de leur temps
pour faire vivre la SGGP et pour moderniser le système de santé.
Voilà ce qui m'a motivé à entrer au comité de notre
société.
3. Sie blicken auf eine langjährige Berufstätigkeit in der öffentlichen
Verwaltung zurück. Hat sich in diesen Jahren etwas grundlegend verändert?
Wenn ja: was?
Effectivement, j'ai vu se transformer l'Office fédéral de la santé
publique depuis 1988, et de ce point d'observation j'ai vu aussi se transformer
le Conseil fédéral, les autres offices fédéraux,
les gouvernements et les administrations cantonales. Je suis en effet un homme
de réseaux, de concertations et de coopérations.
J'observe d'une part un effort meilleur pour 'conduire' la politique de santé
par des stratégies et des programmes à long terme, par des concertations
entre acteurs publics : "Health in all policies" n'est pas une simple
abstraction.
Cette évolution a été soutenue par une meilleure qualification
parmi les fonctionnaires spécialistes aux niveaux moyen et supérieur.
Mais j'observe aussi souvent un retour de tendance vers des bureaucrates abstraits
et formalistes, des gestionnaires et des économistes souvent ignorants
en santé publique.
J'ai aussi observé que l'Etat a de la peine à se dégager
de sa complicité avec les acteurs économiques, les assureurs ou
l'industrie pharmaceutique. Il voudrait s'en démarquer aujourd'hui un
peu plus et affirmer cette vision : il y a un pilote dans l'avion!
Mais les blocages, les défenses d'intérêt, les coalitions
contre-nature et les mirages idéologiques restent souvent les plus forts.
La modernisation du système reste alors en panne. Et les intérêts
de santé de la population sont simplement ignorés.
4. Früher waren Sie sehr stark im Suchtbereich engagiert. Heute hat
man das Gefühl, dass Suchtfragen in der öffentlichen Diskussion oft
kaum mehr eine Rolle spielen, obwohl sie grosse volkswirtschaftliche Kosten
verursachen. Haben Sie eine Erklärung dafür?
J'ai conduit la politique nationale de la drogue de 1990 à 2001 et je
suis un peu responsable du succès du "modèle des quatre piliers".
On a fait une politique sociale et de santé publique dans l'urgence,
justifiée par la misère et la maladie - autrement dit: avec pour
objectifs le respect et la santé des individus concernés. Les
coûts n'étaient pas du tout le premier argument. Cette politique
continue à être pratiquée dans toutes les régions
de la Suisse, et s'adapte aux situations d'aujourd'hui.
Si l'on voulait faire des stratégies de santé visant vraiment
à diminuer les coûts économiques et sociaux de la mortalité
et de la morbidité évitables, on agirait autrement. On mettrait
surtout les priorités ailleurs qu'aujourd'hui. D'abord, on commencerait
par fixer des priorités. Aujourd'hui la seule priorité est la
maîtrise des coûts des prestations de santé et l'équilibre
du système, mais pas la maîtrise des coûts économiques
et sociaux des maladies, ni l'amélioration de l'état de santé
de la population.
Ensuite, on corrigerait le déséquilibre entre les traitements
curatifs et la prévention; et on mènerait des stratégies
de prévention vraiment efficaces, selon des modèles qui ont fait
preuve de leur validité. Pas des campagnes d'affiches ridicules et stigmatisantes.
Et enfin, on ferait travailler ensemble les différents acteurs : l'éducation,
l'organisation du travail, le marché de l'alimentation, la défense
des consommateurs et des patients, la recherche médicale et en santé
publique, la médecine et les soins, l'assurance et les services de l'Etat.
Pas seulement ceux de la santé, mais tous les départements.
C'est selon cette méthode que j'ai conduit le domaine de la drogue et
des dépendances. On n'en discute plus tant aujourd'hui parce que cette
manière de faire a été reconnue comme une nécessité.
5. Wenn Sie die Gesundheitspolitik in der Schweiz ansehen, was gefällt
Ihnen, was missfällt Ihnen?
Mon avis n'a pas beaucoup changé depuis les dernières "5
Fragen an Philippe Lehmann" auxquelles j'avais répondu en 2001 dans
le GPI :
"In meiner Erfahrung im Schweizer Gesundheitsbereich habe ich sehr viele
kompetente Fachfrauen und Fachmänner kennen gelernt. Seien sie Experten,
Pflegende oder Kader der Verwaltungen, kommen sie aus den Gesundheitsberufen
oder aus den Sozialwissenschaften, sie bilden zusammen eine enorm wichtige Ressource
von Know-how und Motivation für eine zukunftsorientierte Gesundheitspolitik.
Viele bemühen sich um wissenschaftliche Evidenz und bewahren dabei eine
humanitäre Haltung. Die Dialogbereitschaft ist da, unterstützt durch
mehrere offene Plattformen, darunter insbesondere die SGGP. Die Weiterbildungsprogramme
wie das MPH-CH dienen auch der Stärkung dieser Fachkräfte."
"Wieso halten sich dann viele Mythen und populistische Wahrnehmungen gleichwohl
so hartnäckig in diesem Politikbereich? (...) Warum spricht man immer noch
von "kantonaler Souveränität" im Gesundheitswesen, gleich
wie im Bildungswesen? Warum wird der gleichberechtigte Zugang zu medizinischen
und pflegerischen Leistungen immer mit Chancengleichheit in gesundheitlicher
Hinsicht verwechselt? Gibt es noch nicht genug Public-Health-Kenntnisse, um
ein paar Schritte in die Realität zu machen? "
J'ajoute en 2007 : Comment peut-on encore nous faire croire aujourd'hui que
la concurrence entre assureurs va améliorer la santé de la population?
Et que les assureurs sont des "acheteurs de prestations" qui connaissent
le bien des patients? Comment peut-on continuer à parler de qualité
sans généraliser des réseaux de santé fondés
sur une coopération clinique profonde et sur une participation directe
des patients à leur traitement? Je regrette la mainmise des idéologues...
et je voudrais plus de démocratie et plus de santé.
Quelle: "Gesundheitspolitische Informationen"
(GPI), Nr. 2/2007.
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