Editorial: Assurance-maladie : coûts et illusions (Pierre Gilliand)
Pour les uns, " la LAMal est une bonne loi ; quelques correctifs permettraient
d'améliorer son usage et de stabiliser les coûts ". Pour d'autres,
la LAMal n'est qu'un " ratage confirmé. La loi n'a pas enrayé
la hausse des prix ni modifié les comportements " (sic) ; les prestations
payées se sont accrues de 6.1 % en 2000 ; cette progression, la plus
forte jusqu'ici, se poursuivrait en 2001.
Croire qu'une loi, même complétée et améliorée,
suffit à stabiliser les coûts relève d'une illusion. Et
l'on ne change pas les comportements par décret. En se battant contre
des moulins à vent, don Quichotte n'a pas supprimé le vent !
La LAMal a remplacé un régime usé, inefficace, injuste.
Après l'échec de plusieurs tentatives de révision, le Conseil
fédéral a voulu qu'une nouvelle loi maintienne le financement
par tête, que la solidarité soit un principe fondateur, que la
transparence et la maîtrise des coûts, mesures auparavant inexistantes,
deviennent des impératifs. Objectifs partiellement atteints ; selon une
étude, " les assurés sont satisfaits du système de
santé et des soins prodigués. Mais ils jugent pesante la charge
que les primes font peser sur leurs budgets ". C'est donc le coût
de l'assurance qui fait problème.
En cinq ans, les dispositions adoptées n'ont guère réussi
à freiner le rythme d'augmentation des dépenses. Plusieurs mesures
n'ont pas encore été mises en uvre (comptabilité
analytique, statistique comparative) ; ou se heurtent à de farouches
résistances (planification hospitalière et médico-sociale)
; ou ont essuyé un refus des Chambres fédérales (budget
global pour le secteur ambulatoire) ; ou peinent à s'imposer (baisse
des prix des médicaments). TARMED, avec plus de 4000 positions tarifaires,
générera des surcoûts selon ses détracteurs. Certains
remèdes proposés ne sont pas adéquats, loin s'en faut !
Tel projet réclame une réduction des prestations remboursées
par l'assurance sociale afin... de rendre attractives (sic) les assurances complémentaires.
Tel économiste préconise l'assistance des vieux parents par leurs
enfants afin
de préserver l'héritage (froid dans et sur
le dos des vieillards).
La concurrence entre les caisses bénéficie aux assurés
usant du libre passage ; mais l'économie sur le coût global reste
marginale. Concurrence alors dans le domaine des soins hospitaliers ? Cet appel
de trésoriers payeurs retentit, jamais argumenté ; axé
seulement sur les coûts, il fait l'impasse sur la sécurité
des patients et sur la qualité des prestations ; c'est le " sésame
ouvre-toi " d'une idéologie où les malades sont assimilés
à des marchandises, où l'on procéderait à des "
achats anticipés par milliers de prestations " (sic) au gré
des opportunités financières.
Le Parlement est atteint de révisionnite. Entre autres sujets, la modification
du financement des établissements hospitaliers ; si elle est adoptée,
elle entraînera une diminution des primes des assurances complémentaires,
mais une hausse des cotisations de l'assurance sociale...! L'initiative "
La santé à un prix abordable " change de registre, puisqu'elle
reprend le thème du financement lié aux ressources financières
des ménages ; en cela, son acceptation réaliserait des objectifs
de solidarité ; mais il est illusoire d'en attendre de moindres dépenses
dans le domaine de la santé.
À l'avenir, " tous les ressorts sont montés " pour
conforter la tendance à une hausse des frais de santé, et donc
à celle des cotisations LAMal : progrès bienvenus de la médecine,
thérapies nouvelles souvent onéreuses ; allongement de la durée
de vie qui expose plus longtemps aux risques de la morbidité, voire de
l'impotence ; vieillissement inéluctable de la population, accompagné
d'un important accroissement du nombre des octogénaires, nonagénaires
et centenaires ; densité médicale croissante ; nécessité
de personnels de soins en plus grand nombre ; incitations de la société
de consommation couplées à l'aspiration d'un bon état de
santé, ce bien si précieux.
Il est indispensable de mettre en uvre des mesures aptes à freiner
l'augmentation des coûts, et d'abord les dispositions existantes laissées
en friche. Cependant, il ne faut pas se leurrer : la politique de la santé
ne se pense pas " à bon marché ".
Pierre Gilliand
GPI Nr. 3/2001